Art nouveau

Salle des cultures

La salle des cultures dans le Palais des Colonies

Pour l’aménagement du Palais des colonies, pièce maîtresse de l’exposition de Tervuren, Edmond Van Eetvelde, secrétaire général de l’État indépendant du Congo, s’adresse à quatre hommes qui venaient de se révéler comme les créateurs d’un style nouveau : Paul Hankar, Gustave Serrurier-Bovy, Henry Van de Velde et Georges Hobé.

Edmond Horta

Victor Horta

Victor Horta, aujourd’hui considéré comme le maître à penser de l’Art nouveau, a été évincé. Il proposait un « pavillon démontable à grande allure, construit en fer, en carrelages et faïences et qui pourrait, après l’exposition, être envoyé au Congo comme palais du gouvernement ou pour tout autre emploi ».

Hôtel Tassel

Hôtel Tassel

Une éviction motivée par l’appartenance d’Horta à la mouvance socialiste ? Certes le brillant architecte avait été choisi par van Eetvelde pour la construction de son hôtel particulier de l’avenue Palmerston (la « maison de fer » du roman), mais Léopold II n’aurait certainement pas confié la réalisation esthétique de sa chère exposition à un homme proche du Parti ouvrier belge.

On peut d’ailleurs s’étonner que Léopold II, dont les goûts étaient ultra classiques (voir le palais de Laeken), se soit laissé convaincre de faire appel à des créateurs d’avant-garde. Sans doute le roi était-il poussé par la nécessité : on imagine mal les fétiches africains reposer sur des socles néo-Louis XV.

Hôtel tassel

Hôtel Tassel

Quoi qu’il en soit, les quatre artistes retenus réalisèrent un travail remarquable. Quand elle ferme ses portes, l’exposition de Tervuren a accueilli plus d’un million de visiteurs et a atteint l’objectif fixé par le roi : faire connaître aux Belges les richesses du Congo et les perspectives qu’offre à l’industrie son immense territoire.

Musée Horta

Musée Horta

En outre, elle a permis à quatre jeunes créateurs de se faire connaître d’un large public et a popularisé l’Art nouveau. Par la suite, celui-ci sera d’ailleurs appelé « style Congo », et les bois africains seront utilisés dans le domaine de l’ébénisterie, par Horta notamment, et apporteront leur chaleur aux intérieurs Art nouveau.

Le roi est si content qu’il nomme Van Eetvelde baron. L’Art nouveau peut s’épanouir à Bruxelles et faire voler en éclats l’architecture traditionnelle imprégnée de classicisme : lignes droites, colonnes et frontons.

Hôtel Tassel

Hôtel Tassel

On peut faire remonter sa naissance à l’année 1892 qui vit la construction de l’Hôtel Tassel (actuellement l’ambassade du Mexique).  Horta était à la manœuvre de cette réalisation qui fit se répandre sa réputation à travers l’Europe. A Bruxelles, on se bousculait – du moins parmi les nantis, car l’Art nouveau n’était pas donné – pour s’assurer les services du brillant architecte ou de l’un de ses émules.

Désormais,  dans tout bâtiment – maison particulière, gare ou édifice commercial – l’impératif premier était la recherche de la beauté. Une beauté que les architectes des siècles précédents n’avaient jamais traquée aussi loin. Matériaux, formes et espaces, objets décoratifs, portes et fenêtres, chauffage et revêtements, l’édifice tout entier fut repensé.

MuséeHorta3

Muse Horta

Cette révolution fut rendue possible par le contexte politique et social : recherche d’une identité nationale et capitalisme triomphant. La bourgeoisie belge s’enivrait de ses éclatants succès. Plus rien ne lui semblait interdit, et certainement pas le droit de se façonner un autre cadre de vie. Elle accueillait à bras ouverts toute nouveauté propre à la démarquer de ces styles démodés qu’elle avait hérités des goûts d’une vieille aristocratie.

Comme toujours, c’est la jeunesse qui promut la nouvelle esthétique. En particulier, une avant-garde politique qui rassemblait des libéraux de gauche (appelés aussi radicaux) et de jeunes bourgeois férus de socialisme, ceux-là même qui, rejetant leur milieu, avaient fondé, en 1885, le parti ouvrier belge.

Maison du peuple

La Maison du peuple au temps de sa splendeur

C’est ainsi que l’on vit l’avocat socialiste Max Hallet s’offrir un merveilleux hôtel de maître à quelques mètres de celui du magnat de la chimie Solvay, ou le Parti ouvrier belge confier à Horta la construction (1895-1899) de la Maison du Peuple à Bruxelles. Ces hommes et ces femmes rêvaient d’un libéralisme nouveau et éclairé. Leur dessein était de donner de la société une vision nouvelle, plus heureuse et plus avenante pour tous.

Hélas ! Ce bel idéalisme ne fut qu’un feu de paille et l’Art nouveau perdit peu à peu son crédit. Au point qu’en 1965, ce chef d’œuvre qu’était la Maison du Peuple fut démoli, en dépit de protestations internationales virulentes. À sa la place, on érigea, un an plus tard, une tour de vingt-six étages. Bel exemple de bruxellisation, ce massacre ! (Terme utilisé par les urbanistes pour désigner les bouleversements urbanistiques d’une ville livrée aux promoteurs, au détriment du cadre de vie de ses habitants.) Quant à la recherche de la beauté, c’était le cadet des soucis des politiciens et des entrepreneurs affairistes qui défigurèrent Bruxelles dans ces années-là.


Hôtel van eetveldeLa maison de fer

Hôtel Van eetvelde2L’hôtel particulier d’Edmond Van Eetvelde, secrétaire général de l’État indépendant du Congo. (La « maison de fer » du vicomte Van der Linden, où Meg séduit Léo Dover dans le roman.)

Cette maison de maître, située à l’angle de l’avenue Palmerston et du square Marie-Louise, à Bruxelles, fut commandée en 1895 à Horta et construite entre 1895 et 1898.

Elle a été inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en 2000.
 Edmond Van Eetvelde était le Secrétaire général de l’Etat indépendant du Congo, le plus porche collaborateur de Léopold II. 
À voir : les Hôtel Van Eetvelde5poutrelles en fer plat et boulonnées (comme dans l’industrie) et non en fer forgé, les mosaïques, le patio central surmonté d’une coupole de vitraux, ou encore les motifs floraux décorant la salle à manger.



Voici comment elle apparaît à Dover, dans un passage non publié du roman.

La voiture s’arrêta avenue Palmerston, devant un hôtel particulier à l’audacieuse structure en poutrelles d’acier construit, deux ans plus tôt, par Victor Horta, un jeune architecte à la mode.

Il suivit le majordome sous la grande verrière du vestibule. Les colonnes de fonte figurant des troncs de palmier et les lampadaires en laiton, entrelacées comme des lianes, prenaient d’assaut le crépuscule, dans la légère vapeur montée d’une mare plantée de bambous et d’essences exotiques.

Des oiseaux chamarrés volaient dans une immense volière. Au centre, le vicomte, un splendide ara juché sur l’épaule, leur jetait, à pleines volées, des graines puisées dans un sac à papier. Il ressemblait lui-même à un grand marabout, avec son monocle vissé à son œil et son nez busqué.

— Bienvenue dans mon petit Congo, monsieur Dover ! cria-t-il pour couvrir l’assourdissante jacasserie des oiseaux.

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