Duel

PistoletLe duel est un combat par les armes, soumis à des règles précises, qui oppose deux adversaires, l’un demandant à l’autre réparation d’une offense ou d’un tort. Le combat se déroule devant des  « témoins » qui veillent au respect des règles.

La coutume du duel visait à réglementer et limiter la violence suscitée par un conflit entre deux individus. Le mot vient du latin duellum, forme ancienne de bellum, guerre, et non de duo, deux.

codeLe duel était surtout répandu en France. Il s’est perpétué dans ce pays jusqu’à la guerre de 1914. Et même au-delà, puisque le dernier opposa, en 1967, deux parlementaires, René Ribière et Gaston Deffere. Gaston avait traité René d’abruti en pleine séance parlementaire.

Tout au long du 19e siècle, parlementaires, journalistes écrivains et artistes n’ont cessé de s’affronter passionnément sur le terrain, en prenant parfois de grands risques. Ni le bon sens ni la dérision ne parvinrent à y mettre un terme. Les pouvoirs publics demeuraient impuissants et la Justice détournait les yeux.

Pouchkine blessé

Pouchkine blessé

En Russie, le poète Pouchkine y laissa la vie. Sa femme Natalia était tombé sous le charme d’un officier alsacien, le baron Georges-Charles de Heeckeren d’Anthès.  Ce dernier se moquait du poète le traitant de « coadjuteur du grand maître de l’Ordre des cocus et historiographe de l’Ordre ». Le duel entre les deux hommes était inévitable. Il eut lieu le 27 janvier 1836, dans les faubourgs de Saint-Pétersbourg, près de la rivière noire. Le poète reçut une balle de pistolet dans le ventre et mourut chez lui deux jours plus tard, dans d’atroces souffrances.

duel 1Épée ou pistolet ? Ce sont les deux seules armes que l’usage admet en France. On ne recourt au sabre qu’à titre exceptionnel. Pour ce qui est de l’épée, le principe de l’arrêt du combat « au premier sang » s’impose à partir du second empire. Même chose pour le pistolet : à partir de 1830, il n’est plus que rarement question de se battre jusqu’à la mort de l’un des deux adversaires.

Comme le Dr Decasmeyer dans le roman, on trouve généralement plus prudent de se servir de pistolets d’arçon dans lesquels la balle ballotte et dévie de la ligne, plutôt que de pistolets à double détente et à canon rayé bien, plus précis.

Duel entre le député socialiste Gaston Deffere et le député gaulliste René Ribière

Duel entre le député socialiste Gaston Deffere et le député gaulliste René Ribière

En outre, on prend soin d’enfoncer dans le canon une charge de poudre calculée pour n’atteindre que l’épiderme, sans provoquer de fractures. On parle même d’un armurier qui aurait inventé un pistolet « qui blesse un peu, mais ne tue jamais ».

Autre précaution : les deux adversaires renoncent à marcher l’un vers l’autre en faisant feu à volonté. Ils adoptent une position de côté où la poitrine est moins exposée, la tête et le cou étant partiellement protégés par le bras et par l’arme.

Le film tiré de l'oeuvre de Maupassant

Affiche du film tiré de l’oeuvre de Maupassant

Dans l’univers du journalisme, le duel était considéré comme un ascenseur social.  Du jour au lendemain, il faisait de vous un personnage célèbre et vous intégrait à l’élite des journaux. Pas étonnant qu’il fût si prisé dans cette caste. Ceci explique aussi pourquoi l’ambitieux Léo Dover est si avide de se battre, dans le roman. De la même manière, dans Bel-Ami de Maupassant, Georges Duroy doit son succès mondain à un combat qui s’est déroulé sans dommage.

Marcel Proust

Marcel Proust

Marcel Proust poursuivait-il le même but quand il provoqua le critique Jean Lorrain en duel (ainsi que le rapporte Zollman à Dover) ? Plutôt surprenant de voir le souffreteux « petit Marcel » un pistolet à la main ! La colère explique bien mieux  sa volonté d’en découdre. Il venait de publier un recueil de poèmes en prose, intitulé Les plaisirs et les jours qui avait été assassiné par le critique Jean Lorrain. Proust était fou de rage de s’entendre qualifié de « chochotte » et d' »écrivain précieux ». C’est celui qui dit qui est, aurait-il pu répondre. Jean Lorrain, critique mais aussi auteur de pièces de théâtre, était l’un des auteurs les plus décadents  de cette fin de siècle. En outre, il était drogué à l’éther et homosexuel. Sa plume acerbe, cruelle même, l’avait rendu coutumier des duels.

Un livre de Jean-Noël Jeannneney paru aux Editions du Seuil

Un livre de Jean-Noël Jeannneney paru aux Editions du Seuil

Le 6 février 1897, à l’aube, la peur au ventre, Proust se retrouve dans le bois de Meudon avec ses deux témoins, le peintre Jean Béraud et le maître d’armes Gustave de Borda. Il a été convenu que le duel se ferait au pistolet, car aucun des deux combattants ne sait manier l’épée.

D’un regard, Proust et Lorrain s’accordent pour tirer leur balle dans le sol. On est dans la recherche du temps perdu, pas dans règlement de comptes à O.K. Corral. Une fois la formalité accomplie, les deux adversaires se quittent, soulagés. Toute sa vie, Marcel Proust sera aussi fier de son pistolet que de ses livres et considérera ce fait d’armes un peu ridicule comme un titre de gloire prestigieux.

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