Les Personnages

Par ordre d’apparition dans le roman

LE COMMANDANT LEROY

Officier

Brillant officier aux impeccables états de service au Congo. Membre de l’Académie royale de Langue française de surcroît.  Il est l’un des organisateurs de l’exposition coloniale de Tervuren. Il est aussi l’auteur du chapitre consacré à l’« âme noire », dans le Guide du résident au Congo que Léo Dover est chargé de réécrire.

Voici comment il est décrit dans le roman :

« Le commandant Leroy passait de groupes en groupes en serrant les mains et en multipliant les sourires. Membre de l’Académie royale de Langue française, ce brillant officier aux impeccables états de service au Congo était considéré comme un humaniste soucieux du bien-être des indigènes. Il était l’auteur du chapitre consacré à l’« âme noire », dans le Guide du résident au Congo que Léo avait été chargé de réécrire. Sur le coup, il avait trouvé sa prose plutôt modérée, comparée aux honteuses observations sur la femme congolaise du docteur Vermeulen. Mais  maintenant, il en décelait toutes les failles. Certes, le commandant Leroy accordait aux Noirs le droit d’avoir une âme, fût-elle aussi noire que du charbon, mais c’était une âme rabougrie de n’avoir jamais baigné dans le soleil de la civilisation. Les Noirs, qui avaient raté tous les trains de l’Histoire, ne continuaient-ils pas à pratiquer les sacrifices humains à la façon des Celtes ? L’esclavage n’était-il pas, chez eux, la base de l’organisation de la propriété et du travail, comme dans la Rome antique ?

officier6« De la patience, donc, conseillait le commandant Leroy, beaucoup de patience ! N’oublions pas que les populations africaines voient en ce moment se dérouler devant elles, en quelques années, des événements et des transformations dont l’accomplissement graduel a occupé, en Europe, plusieurs périodes historiques. Pouvons-nous nous attendre du cerveau noir l’exploit d’emmagasiner, en ce court laps de temps, les impressions qui mirent des siècles à s’enregistrer dans ceux plus développés de nos aïeux ? »

Et plus loin, une petite leçon de morale décalquée sur le Fardeau de l’homme blanc de Kipling et célébrant la mission civilisatrice des colonisateurs : « L’homme d’esprit développé entré au service de l’État indépendant du Congo doit se rappeler sans cesse les raisons qui l’ont mis en contact avec ces races inférieures. Il se pénétrera alors de l’idée qu’il est revêtu d’un véritable sacerdoce et qu’il doit exercer la haute autorité dont il est le dépositaire au profit de la paix et des bienfaits qu’elle répand. Car si nous donnons sans compter notre or et notre sang pour civiliser ces régions sauvages, c’est dans le but d’accroître par des échanges notre richesse nationale, en améliorant le sort des peuplades indigènes. Nous avons donc le droit d’utiliser les Noirs pour le développement de notre commerce et de notre prospérité. Mais nous avons aussi le devoir de les amener à nous de leur propre volonté, en leur inculquant, suivant leurs facultés, ce qu’ils peuvent recevoir de nos mœurs, de nos coutumes, de notre civilisation.»

officier3Le commerce et la prospérité leur donnaient-ils aussi le droit d’amputer des enfants ? Léo aurait voulu poser la question au commandant Leroy. »

Ce personnage est inspiré du Commandant Charles Lemaire, officier d’artillerie (Cuesmes 1863 – Bruxelles 1925), qui  a notamment été commissaire de district au Congo, secrétaire général de l’exposition coloniale de Tervuren et directeur de l’Université coloniale d’Anvers. Ardent propagandiste de l’Œuvre coloniale, il donnait des conférences et écrivait des livres destinés à susciter les vocations.

Ce fut aussi le Commandant Lemaire qui dénonça la corruption du journal le Petit Bleu en révélant, dans une série d’articles retentissants, que ce journal était subsidié clandestinement par le Bureau de presse de l’État indépendant du Congo.

LE DOCTEUR VERMEULEN

chirurgien4C’est lui qui a sélectionné les « Indigènes » du Congo livrés à la curiosité du public dans le parc de Tervuren.

Ce chirurgien, suffisant et méprisant, déploie une intense activité entre la Belgique et le Congo. A Bruxelles, il dirige l’Hôpital Saint-Jean. Il s’y livre à de curieuses expérimentations sur les Noirs et fait régner la terreur parmi les jeunes infirmières travaillant sous ses ordres.

Dover découvrira dans les caves de son hôpital les marchandises d’un commerce de contrebande entre le Congo et la Belgique.

LEO DOVER

Dover

Léo Dover est né au château d’Ardenne, une propriété du roi Léopold II de Belgique où ses parents sont domestiques. Élevé dans le culte du roi et de la Belgique, il admire les vaillants officiers qui apportent les  » lumières de la  civilisation » dans le Congo du roi, au cœur du « continent mystérieux ».

Après de brillantes études dans la petite école de Houyet et chez les Jésuites de Namur, Dover a obtenu une bourse du roi pour aller étudier à la London School of Economics and Political Science fondée l’année précédente.

Ses études terminées, il est devenu journaliste dans la capitale britannique. Il écrit pour The Sentinel, un quotidien très critique à l’égard de la politique coloniale du roi des Belges. Mais, lassé d’être confronté à une ligne politique en contradiction avec ses idées, et malgré l’estime qu’il porte à son directeur, Graham Plunkett, Dover quitte ce journal.

Rentré en Belgique, il est engagé à L’Etoile, un journal acquis aux intérêts du roi. Mais, très vite, il ronge son frein, mécontent d’être relégué dans des tâches subalternes. Il envie Maximilien Mauss, le responsable des Affaires africaine, et brûle de lui ravir son poste. Promu reporter, il prendra le nom de plume de Spartacus.

GRAHAM PLUNKETT

Edmund Dene Morel

Edmund Dene Morel

Journaliste anglais, directeur du journal The Sentinel. Opposant farouche à la politique coloniale de Léopold II, il n’hésite pas à publier les témoignages de missionnaires ou de voyageurs rapportant les atrocités commises au Congo. Au point d’irriter la reine Victoria, la cousine Germaine du roi des Belges. Plunkett se verra contraint de démissionner de son poste et ira fonder, à Liverpool, un journal illustré consacré à l’Afrique.

Ce personnage a été inspiré de la figure d’Edmund Dene Morel (Paris 1873 – Londres 1924). Écrivain et journaliste d’une force de caractère peu commune, Morel a consacré sa vie à lutter contre les injustices. Dans le West African Mail, un journal fondé par lui, il dénonçait la mise en coupe réglée de l’État indépendant du Congo et les sévices infligés à ses habitants.

DIKKE FARO (ATHUR VEULEMANS)

Dessin extrait du Petit Bleu

Dessin extrait du Petit Bleu

Le chef des vendeurs de journaux de L’Etoile. Au départ, il travaillait en tant que livreur pour une brasserie, d’où son surnom qui évoque une bière alors très consommée. Devenu boiteux à la suite d’un accident de travail, il s’est reconverti dans la criée des journaux et a acquis  une grande  réputation grâce à son sens de la formule.

Plus tard, il est placé, par le docteur Vermeulen, à la tête d’une curieuse police sanitaire chargée de veiller à la santé des Congolais de Tervuren.

ARMAND RICKER

IMG_2212Collègue de Léo Dover à la rédaction de L’Etoile, il est chargé de la politique intérieure et suit les débats du Parlement. Cet amateur de parties fines est un habitué du Café Riche dont il a fait son second bureau. Il y côtoie des gens qui comptent – des députés et des sénateurs, entre autres. Ramollis par la bonne chère et les caresses, les pères conscrits finissaient toujours par lâcher l’une ou l’autre révélation sur les travaux législatifs en cours ou sur les intrigues politiques du moment. Et le lendemain matin, une fois évaporées les bulles du champagne, on retrouve ces indiscrétions étalées au grand jour dans la rubrique Petits Échos du Parlement.

LE DOCTEUR DECASMEYER

Decasmeyer 4

Léo Dover n’a que mépris pour les compétences journalistiques de ce médecin mondain qui dit s’amuser à tenir la chronique médicale de L’Etoile sous les pseudonyme de Docteur Tantmieux. En réalité le médecin a de gros besoins financiers, car il vit sur un grand pied et offre à son épouse, beaucoup plus jeune que lui, des parfums et toilettes à la dernière mode de Paris. Lui-même s’habille avec une élégance tapageuse. En outre, il joue aux courses.

Comme d’autres grands bourgeois bruxellois, il est un membre actif du Conservatoire africain. Cependant, son appartenance à cette œuvre de bienfaisance lui sert surtout à organiser des soupers fins agrémentés par la présence de « soupeuses » à la cuisse légère.

Sous ses dehors bonhommes et roublards, le docteur Decasmeyer cache une nature vénale et retorse. Il poussera Léo Dover à se battre en duel pour éliminer Mauss devenu gênant.

JOHN WILLIAM DOVER

écuriesLe père de Léo Dover est palefrenier dans les écuries du Château d’Ardenne.

Comme Stanley, il a grandi dans un orphelinat anglais où les châtiments corporels étaient monnaie courante. Adolescent, il brouettait le fumier au château de Claremont, la propriété du Prince Léopold de Saxe-Cobourg dans le Surrey, quand le pur-sang que le prince montait prit les mors-aux-dents. N’écoutant que son courage, le jeune Dover se jeta à la tête du cheval, évitant ainsi un accident qui aurait pu coûter la vie à son maître. En récompense, celui-ci lui offrit une montre en or. Plus tard, pressenti pour devenir roi des Belges sous le nom de Léopold Ier, il emmena le palefrenier courageux en Belgique.

John Dover a gardé de son enfance un caractère violent. Il a coutume de fouetter sauvagement les chevaux dont il a la garde. Il fait preuve du même emportement envers sa femme et son fils.

PAUL JENETTE

Jenette2Parmi les journaux de son temps, L’Etoile innove en accordant une place importante au dessin. Paul Jenette, le dessinateur attitré du journal, tient donc une place importante au sein de la rédaction, bien que certains de ses collègues lui reprochent de n’être qu’un « Goya d’opérette » et de rabaisser le niveau du journal en flattant les goûts d’un public populaire.

Soutenu par Zollman, le directeur du journal, Jenette n’en continue pas moins à produire ses dessins à la vitesse d’une presse électrique.  La seule chose qu’il redoute, c’est l’arrivée de la photographie qui, grâce au progrés technique, ne va pas tarder à supplanter les dessins de presse dans les journaux.

EDMOND ZOLLMAN

Zollman2Patron de presse, directeur de L’Etoile. En dépit de son sens commercial, il parvient difficilement à tenir son journal à flots. Ce ne sont pourtant pas les idées qui lui manquent pour attirer les placards publicitaires. Son avarice est légendaire et certains l’accusent, sans jamais apporter la moindre preuve, d’être vendu à l’État indépendant du Congo.

Son affection pour Léo Dover l’amène a considérer celui-ci comme le fils qu’il n’a pas eu. Dover, de son côté, admire ses talents de journaliste et son sens des affaires.

Le personnage a pour modèle Gérard Harry (Paris, 1856-Bruxelles, 1931) qui fut le premier, en Belgique à introduire la première machine à composer. Son père était, à Paris, le correspondant du premier journal illustré britannique : 1′Illustrated London News. En 1876, Gérard Harry se fixa à Bruxelles où il devint rédacteur à l’Indépendance Belge et correspondant d’un journal anglais. En 1894, il créa Le Petit Bleu, un quotidien qui, dès sa création, en 1894, devait s’assigner la mission de défendre les idées libérales et coloniales et qui faisait une large place à l’illustration.

Son grand scoop reste une retentissante interview de Stanley dont il obtint l’exclusivité. Harry était violemment anticlérical. Il publia un ouvrage assassin intitulé Le prêtre  ennemi de Dieu. Il fut aussi le traducteur de Cinq années au Congo, le best seller de Stanley. On lui doit une biographie de Léopold II et une vie de Maurice Maeterlinck qu’il n’eut pas le temps de terminer.

JEAN DUMORTIER

dumortier

Rédacteur à L’Etoile. Poète autrefois célèbre, il a reçu une bourse royale pour l’un de ses recueils.

Rien ne lui reste de cette gloire. Il n’écrit plus aucun article, se contentant de corriger les fautes d’orthographes de ceux de ses collègues. De temps en temps, un événement exceptionnel, la mort du Major Fonck par exemple, lui donne l’occasion de reprendre la lyre pour pondre un éloge funèbre aux envolées grandiloquentes.

MAXIMILIEN MAUSS

Mauss3Journaliste de L’Etoile chargé de couvrir la politique africaine. Nom de plume : Caton. Il reçoit des informations de première main de son beau-père, le vicomte Van der Linden, le directeur du Bureau de Presse de l’État indépendant du Congo. Jalousé par Léo Dover, qui rêve d’écrire sur le Congo, Mauss ne va pas tarder à devenir son meilleur ennemi. Les relations de Mauss ne sont pas non plus au beau fixe avec son épouse, la piquante Meg, ce qui lui vaudra bien des désagréments.

MADAME NAGAN

malcorps5La logeuse de Dover est la veuve d’un médecin réputé, spécialiste des maladies de la peau qui fut aussi professeur à l’Université libre de Bruxelles.

Sa grande maison du boulevard Bischoffsheim abrite une impressionnante collection d’antiquités religieuses, ce qui fait qu’elle craint comme la peste les cambrioleurs. Surtout l’été, lorsqu’elle est en villégiature dans sa villa du Coq-sur-mer.

ANATOLE GERMAIN (QUASIMODO)

Quasimodo2L’archiviste de l’État indépendant du Congo est un bossu célèbre dans tout Bruxelles pour ses excentricités. A ses moments perdus, il écrit des revues théâtrales qu’il signe « Quasimodo », par dérision pour son infirmité. Toutes de lamentables fours. Il espère connaître enfin le succès avec une pochade coloniale intitulée Popol au Congo, dans laquelle il y prend pour cible le roi Léopold et l’explorateur Stanley.

LE VICOMTE VAN der LINDEN

Vicomte1Directeur du Bureau de Presse de l’État indépendant du Congo, père de Meg et beau-père de Maximilien Mauss, le vicomte Van der Linden est un homme plein de morgue et méprisant pour le genre humain. Comme beaucoup d’aristocrates de l’époque, il professe des idées d’extrême droite et détourne les théories de Darwin pour promouvoir un racisme cynique et décomplexé qui justifie la mise en coupe réglée de la colonie du roi.

Non content de corrompre les journalistes, il les considère comme de simples courroies de transmission de la propagande coloniale.

En architecture, cependant, il professe des idées modernistes, puisqu’il s’est fait construire une maison révolutionnaire, la « Maison de fer », oeuvre d’Horta, un architecte d’avant-garde.

MADAME MALCORPS

malcorps3Dame d’œuvre célèbre pour ses chapeaux monumentaux. Actionnaire de L’Etoile, elle est aussi la fondatrice de la Villa coloniale, une maison de convalescence réservée aux agents coloniaux.

Pétrie de racisme primaire, Madame Malcorps reproche aux rédacteurs de L’Etoile de parler des événements malheureux et au dessinateur Jenette de croquer le facies des Congolais – pour elle, une abomination.

LE DOCTEUR FRANKEL

Freud

Sigmund Freud

 

Personnage décalqué sur Sigmund Freud qui, à la même époque, pratiquait l’analyse à Vienne  et écrivait son Interprétation des rêves. Les méthodes du Dr Frankel diffèrent cependant de celles de son illustre modèle. Freud, par exemple, n’a jamais fait écouter de la musique à ses patients durant les séances d’analyse. En revanche, l’allusion du Dr Frankel à un dessin humoristique où voit un lion affamé gémir : « Déjà midi et pas un seul Nègre en vue ! », pour se décrire guettant ses très rares patients, est reprise d’un trait de Freud qui, on l’oublie parfois, avait pas mal d’humour.

Voici comment le Dr Tantmieux présente son confrère dans sa chronique médicale :

Un médecin des âmes

 Vous dormez d’un sommeil agité, amis lecteurs ? De terrifiants cauchemars vous assaillent, la nuit venue ? Alors, n’hésitez plus à pousser la porte du Dr Ernest Frankel, un spécialiste des maladies nerveuses, originaire de Prague et installé depuis peu dans nos murs !

Après avoir acquis ses diplômes à l’université de Vienne, le Dr Frankel a reçu, dans diverses capitales européennes, l’enseignement de savants éminents, au premier rang desquels le Professeur Charcot, l’aliéniste réputé de l’hôpital de la Salpêtrière à Paris, qui, on s’en souvient, a démontré la réalité des phénomènes hystériques, auparavant niés ou traités de simple simulation.

Le Dr Frankel a également publié de nombreux articles dans des revues de psychiatrie.

Dans l’art de guérir, il a d’abord eu recours à l’électrothérapie, aux massages et à l’hydrothérapie. Il s’est ensuite essayé à la méthode cathartique, qui consiste à hypnotiser le patient pour le soulager de ses troubles névrotiques, méthode qu’il a bientôt abandonnée, au profit d’une autre dont il est l’inventeur et qu’il nomme « analyse psychologique ».

En quoi consiste cette méthode originale ? S’il faut en croire le Dr Frankel, l’esprit de l’homme serait une sorte de puzzle aux innombrables pièces agencées dans une architecture extraordinairement compliquée. Que plusieurs de ces pièces viennent à manquer à la naissance, ou à se détruire au cours de la vie, l’aliénation mentale se déclare sans aucun espoir de guérison. Que ces mêmes pièces viennent à s’éparpiller temporairement, des troubles plus ou moins graves ne tardent pas s’emparer de l’esprit du malade.

Freud2La cure du Dr Frankel consiste à aider celui-ci à reconstituer le puzzle. Étendu sur un divan aussi propice aux aveux qu’un confessionnal, dans la pénombre d’une pièce baignée d’une atmosphère musicale diffusée par un gramophone, le patient laisse couler, dans un flot libre de toute censure, les productions de son imagination qu’il communique au thérapeute par la parole ou par le dessin. Médecin et patient entreprennent ainsi un patient travail de ravaudage du tissu mental.

Selon le Dr Frankel, une seule séance suffit parfois à soulager le patient. Mais il faut en général plusieurs mois d’un travail intensif, pour obtenir un résultat probant.

Vous le savez, cher ami lecteur, il ne nous appartient pas de porter un jugement sur la validité de telle ou telle découverte de la médecine. Cependant, par une exception qui ne fera que rendre plus rigide encore cette règle d’airain, permettez à votre humble chroniqueur de risquer un avis : cette conception très originale et absolument neuve de l’art de guérir nous semble d’un grand intérêt.

Courez donc vérifier la sagesse latine : Mens sana in corpore sano, dans le cabinet du Dr Frankel, situé au 42, rue du Trône (bien remarquer le numéro en face de la clinique dentaire Van der Elst). A en juger à l’affluence des patients, aux premiers rangs desquels, figureraient certaines personnalités parmi les plus éminentes du royaume, cette cure semble avoir les plus heureux effets sur les nerveux en quête d’une rémission de leurs tourments.

Docteur Tantmieux

CLARISSA GREEN

Clarissa2Cette infirmière anglaise est venue se perfectionner en médecine coloniale à l’hôpital Saint-Jean dirigé par le Dr. Vermeulen. Comme Dover au début du roman, elle est persuadée de la justesse de la politique coloniale du roi et envisage d’aller travailler en Afrique. Mais les agissements du Dr. Vermeulen, ainsi que les confidences épistolaires d’une missionnaire en poste au Congo, vont faire voler en éclat ses illusions.

Le frère de Clarissa, Tim, après avoir été officier sur un paquebot sur la ligne Anvers-Matadi est pilote dans le port d’Anvers.

Tombé amoureux de Clarissa, Léo Dover recevra d’elle et de son frère une aide précieuse.

MEG VAN der LINDEN

Meg6

La fille du comte Van der Linden et l’épouse de Maximilien Mauss. Meg est une jeune femme qui n’a pas froid aux yeux et se moque des conventions. Elle pilote elle-même l’automobile que son père lui a achetée, portes des culottes de cycliste et refuse de mettre un corset. Elle n’a qu’un désir : devenir journaliste, chose quasi impossible à une époque où la femme se doit d’être au service exclusif de son mari et de ses enfants.

Mais Meg est aussi une rouée qui s’amuse à faire souffrir le pauvre Mauss. Elle séduira  Léo Dover dans le seul but d’être publiée.

Le personnage est inspiré de la Madeleine Forestier de Maupassant dans Bel ami, une femme ambitieuse  mariée à un journaliste célèbre qui sait se procurer des informations intéressantes et les mettre en forme pour son mari.

LE MAJOR FONCK

Fonck3Le représentant de ces hommes sans foi ni loi qui, sous le couvert d’une mission « civilisatrice « , se sont déshonorés, dans l’histoire du colonialisme, par leur manque d’humanité. Les lecteurs de Conrad auront remarqué sa parenté avec Kurtz, le héros du Cœur des Ténèbres.

Voici son oraison funèbre due à la plume de Dumortier, le vieux rédacteur-poète de L’Etoile, un extrait non publié du roman.

Marlon Brando dans le rôle du colonel Walter Kurtz, dans le film Apocalypse Now inspiré du roman de Conrad

Marlon Brando tient le rôle du colonel Walter Kurtz, dans  Apocalypse Now, film inspiré du roman de Conrad

DES PORTES DE L’ENFER A CELLES DU PARADIS

Par Jean Dumortier

 Parmi les officiers dont la conduite jette sur nos armées un lustre impérissable, tu fus l’un de ceux auxquels le jeune État du Congo est redevable d’une belle part de sa rapide fortune. Déterminé et froidement résolu, ayant rivées à l’esprit les idées les plus généreuses, tu joignais à tant de précieuses qualités, la vertu qui bronze l’âme des héros authentiques. Je veux parler de la modestie, cette seconde tunique que les véritables héros tendent sur leur poitrine, afin de mieux dissimuler leur cœur débordant de bravoure.

FonckDès ton premier séjour en terre africaine, tu te révélas porteur de la torche de la civilisation au cœur de l’inviolable forêt vierge, afin d’y tirer de leur état sauvage les créatures, mi-hommes, mi-bêtes, qui la peuplent.

Tu fus l’un des cadres occidentaux de la minuscule mais puissante armée mise sur pied par le grand Stanley. Sous l’autorité bienveillante de ce géant, tu reçus des leçons qui te servirent à devenir à ton tour un meneur d’hommes et un briseur de rocs.

Rude école de guerre ! Inoubliable école de vie ! Au côté du légendaire explorateur, tu soumis de vastes territoires à l’autorité de notre vénéré souverain. Et, à la fin de la campagne, la bannière bleue à étoiles d’or claquait fièrement sur les villages et les territoires de plus de quatre cent cinquante chefferies du bassin du Congo.

BatailleTes belles actions t’ayant fait connaître de Sa Majesté le Roi, c’est en qualité de commissaire de district de première classe, et avec le grade de lieutenant, qu’en janvier 1890, tu t’embarquas une seconde fois pour l’Afrique. Cette fois, tu partais chasser les vautours à visage d’homme qui souillaient la terre congolaise, ces chasseurs d’esclaves qui, le fouet à la main, écumaient les rives du grand fleuve.

Tu marchais en tête, selon ton habitude ; toujours, cette place fut la tienne. L’ennemi fuyait lâchement, ne laissant derrière lui qu’une terre brûlée. Tu traversais les villages incendiés, dans l’odeur des cadavres pourrissant et des cases calcinées, longtemps poursuivi par le gémissement des blessés et les pleurs des enfants.

Bataille2Ceux qui t’ont connu là-bas te décrivent aussi maigre qu’un chat de gouttière, le visage buriné par les épreuves, tanné par le soleil. Tu vis à la dure, tu te nourris de coriaces volailles et de viande boucanée. Tu bois une eau qu’il faut filtrer. Tu remplis tes carnets de croquis, car, en dépit des périls, ta curiosité et ta puissance créatrice ne sont jamais étanchées. Ton rare temps de repos, tu le passes à réconforter tes hommes épuisés par les fièvres et la dysenterie. On te voit aller chercher pour eux de l’eau à la rivière, les couvrir de vêtements chauds, les bercer dans tes bras comme s’ils étaient tes enfants.

CasqueC’est alors que tu portes à l’ennemi le coup d’arrêt fatal. Tu es seul, seul Blanc, seul officier, dépourvu de la chaude amitié d’un frère d’arme, seul représentant de la civilisation, à la tête d’un petit groupe de soldats noirs et d’une troupe hétéroclites d’auxiliaires — des Noirs, eux aussi, mais qu’anime une haine farouche de l’Arabe. Avec pour seule arme, un canon Krupp de 77 mm, aux roues de bois rongées par les termites. 

Galvanisant tes hommes, jouant sur la surprise, tu fonds comme un Jupiter tonnant sur Tefu, le chef des négriers, au passage du fleuve Lomami. Les cadavres de deux mille ennemis jonchent bientôt le champ de bataille. D’autres encore, noyés, dérivent au fil de l’eau. Dans tes rangs, en revanche, on ne compte que quelques blessés. C’est le triomphe du fusil Albini et de la mitrailleuse Maxim, la consécration du génie de la race blanche !

bataille3Et pour achever de soumettre les Nègres qui, dans la confusion de leur cerveau rabougri, s’étaient ralliés à Tefu, pourtant le plus terrible de leurs tortionnaires, tu brandis, devant leurs yeux terrorisés, la tête de leur chef tranchée d’un coup de machette.

Ce geste qui a la grandeur barbare d’un Hannibal, certaines belles âmes te l’ont reproché. Ils ne savent pas, ces ignorants, que tu ne recourais pas sans horreur ni répulsion à ces coutumes primitives, si différentes de nos lois de la guerre. Ni que tu ne les appliquais que pour inspirer le respect aux races inférieures, sensibles au seul langage de la brutalité.

Ton retour en Belgique fut triomphal. Cependant tu te tenais loin des feux de la gloire et du cliquetis des médailles. Tu n’as jamais cessé d’exiger de ta vieille maman qu’elle écartât tous ceux, hommes de presse ou entrepreneurs de spectacle, qui faisaient sonner trop fort à tes oreilles les trompettes de la renommée, et qui cherchaient à te pousser sur la scène des vanités, où se pavanent les guerriers de petite grandeur.

Devenu professeur à l’École de Guerre, tu enseignas aux futurs officiers tes ruses de vieux fauve rompu au combat de la jungle, leur inculquant l’amour de cette terre lointaine devenue ta seconde patrie. Le soir, à la lampe, sous le doux regard de ta chère maman, tu classais tes papillons et tu peignais tes souvenirs aux couleurs vives de l’Afrique. Sans cesse, ton inspiration picturale te ramenait au Congo. Tu jetais sur la toile, avec la vigueur du guerrier, les paysages grandioses à jamais imprimés sur ta rétine.

Fonck1Cependant, l’État indépendant ne pouvait plus se passer de ton précieux concours. En soldat discipliné, tu répondis présent quand il fit de nouveau appel à toi. Faisant violence à tes affections familiales, tu supplias ta mère de te rendre la liberté.

Quelle mère à l’âme trempée de patriotisme se serait opposée aux désirs d’un fils qui lui assurait qu’il reviendrait sain et sauf d’une troisième expédition, alors que deux déjà s’étaient accomplies sans le moindre accident ? Tel Cincinnatus abandonnant sa charrue au milieu du sillon, tu dis adieu à tes papillons et à tes tableaux et tu repris les sentiers de la gloire avec le grade de major.

Hélas, la maladie t’attendait, tapie dans la courbe du grand fleuve. Elle se révéla plus sournoise encore que tes vieux ennemis, les arabisés ! Et ici permets-moi, Fonck, de violenter une fois de plus ta célèbre modestie. Autorise-moi à révéler que ta conduite ne fut pas moins héroïque face à la maladie que sur le champ de bataille.

BateauTu connaissais, comme tous les vétérans d’Afrique, ce fait malheureusement vérifié que tous les Européens touchés une première fois par la Congolite subissent dans l’année une nouvelle atteinte de ce terrible mal, et qu’une issue fatale est fort à craindre. Malgré cela, plutôt que de rentrer en Belgique pour t’y faire donner des soins, et quoique tu fusses convaincu que tu marchais à la mort, tu continuas la mission de mise en valeur de la région qu’on t’avait confiée. Si bien que pour te contraindre au retour en Belgique, il fallut l’intervention du gouverneur général qui, apprenant la gravité de ton état, te donna l’ordre express de reprendre le bateau.

Fonck2Trop tard, hélas ! A peine revenu sur la terre de tes aïeux, tu dus être hospitalisé. Les vieux coloniaux ne s’y étaient pas trompés : la deuxième attaque de Congolite fut décisive ; ton corps, jusque là miraculeusement épargné par les flèches de tes ennemis, n’y résista pas.

Au revoir, Fonck, la Belgique entière t’adresse un dernier salut reconnaissant ! Avant que les ténèbres ne t’enveloppent à jamais pour t’emporter dans leurs plis vers les champs élyséens, ce lieu de séjour des héros bienheureux, laisse-moi encore te dire, valeureux ami, combien ceux qui ont eu le grand privilège de t’approcher ont éprouvé pour toi de nobles sentiments.

Le monument élevé, à Blankenberg à Lippens et De Bruyne, deux héros du Congo

Blankenberg. Le monument aux lieutenant De Bruyne et au sergent Lippens, deux officiers tués au Congo. Sur son lit de mort, Fonck formule le souhait de se voir élever un monument semblable.

Tous ceux qui, en Afrique, ont servi sous tes ordres, aux premiers rangs desquels les soldats noirs que le devoir pourtant t’imposait de châtier durement, te diront en quelle estime ils te tenaient, toi, leur chef éclairé. Devant toi, les obstacles s’effaçaient, parce que tu étais doué de cette qualité propre aux grands hommes d’électriser ceux que tu avais pour mission de diriger.

Une fois donnée, ton amitié n’abandonnait jamais ceux avec lesquels tu avais noué les liens qui unissent tous les hommes de cœur. Dans la longue liste des martyrs qui illustrent le nom de Belge, sur cette terre d’Afrique débarrassée, grâce à leur vaillance, de la plaie de l’esclavage, tu prends place au milieu des meilleurs d’entre eux, dont tu reçus en héritage toutes les qualités et toutes les vertus.

J.D.

FERDINAND TEIRLINCK

Ferdinand3Régisseur du Domaine d’Ardenne. Sous les ordres du baron Goffinet, l’intendant de la Liste civile, Ferdinand Teirlinck s’efforce d’administrer la propriété du roi avec la plus scrupuleuse honnêteté.

Catholique convaincu, il assiste à la messe tous les jours et fait la collecte à l’église. C’est aussi un royaliste bon teint qui croit dur comme fer à la mission civilisatrice des agents du roi au Congo.

LA MÈRE DE LÉO DOVER

MèreServante au Château d’Ardenne. Femme de peine dans tous les sens du terme. Maltraitée par un époux brutal, soumise à des travaux pénibles, elle place sa confiance dans la religion et dans le roi.

Ses sentiments à l’égard de son fils sont ambivalents. Si elle est fière de son ascension sociale, elle ne lui pardonne pas tout à fait de n’avoir pas suivi la voie qu’elle avait rêvée pour lui.

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